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Pourquoi il ne faut surtout pas lancer un SaaS en 2026 (et pourquoi je l’ai quand même fait) ?

Publié le , mis à jour le 9 min
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Jimmy Hoareau

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Fondateur de Charik | Le CRM français qui réunit enfin votre activité commerciale.

Il y a quelques semaines, un ami directeur commercial d’un des SaaS les plus rentables de la place parisienne m’a envoyé un message LinkedIn quand il a vu mon post annonçant le lancement officiel de mon CRM. Cinq mots. « T’es un grand malade ! »

2 mois avant, ma conseillère BPI a été plus diplomate, mais le fond était le même : « On a déjà investi dans deux CRM français, on attend encore un exit et il n’y a rien à l’horizon. On ne peut pas vous aider, même si vous êtes meilleurs qu’eux. »

J’aurais pu prendre cela mal. J’ai préféré écouter. Parce que ces deux personnes, comme beaucoup d’autres qui m’ont posé la même question depuis six mois, ont quatre arguments solides contre l’idée de lancer un SaaS en 2026, et plus encore contre celle de lancer un CRM. Cet article expose ces arguments honnêtement, puis explique pourquoi je suis passé outre. Et pourquoi cette grille de lecture peut vous servir, quel que soit le marché que vous envisagez d’attaquer.

Quatre raisons solides de NE PAS lancer un SaaS en 2026

Ces objections ne viennent pas d’investisseurs blasés ni de gens mal informés. Elles viennent de personnes pertinentes, qui ont du contexte, et qui ne cherchent pas à vous décourager mais à vous protéger d’une erreur. Elles méritent d’être prises au sérieux.

« L’IA a tué le SaaS »

Le récit s’est imposé depuis 2024. La promesse historique du SaaS, c’était de packager un savoir-faire dans une interface accessible et de le facturer en abonnement. La promesse des LLM, depuis l’arrivée de Claude, ChatGPT et leurs équivalents, c’est de répliquer ce savoir-faire à la demande, en quelques secondes, et de le pousser directement dans le flux de travail des équipes.

Si vous pouvez demander à votre IA de qualifier un lead, d’écrire un email de relance, de produire un compte rendu d’appel ou de générer une proposition commerciale, à quoi sert encore le SaaS qui faisait ces choses-là ?

Selon Bessemer State of the Cloud 2026, 41 % des éditeurs SaaS monétisent désormais leurs fonctionnalités IA, souvent pour compenser une valeur perçue qui s’érode. Le pricing à l’usage gagne du terrain : 51 % des SaaS en ont une composante en 2026, contre 27 % en 2021. Le modèle de revenus récurrents construit dans la durée se grippe.

Argument solide. Le SaaS qui se contente de faire ce qu’une IA fait gratuitement va passer un mauvais quart d’heure.

« On peut se construire ses outils avec un bon prompt »

Sur LinkedIn, vous avez forcément vu passer ce genre de post : « J’ai vibe-codé un CRM pour mon client en 24h, il a jeté son outil leader avec des économies énormes. » En général, le post a 200 likes. Parfois plus.

Les outils de construction assistée par IA ont fait sauter une barrière qui semblait inamovible. Une personne avec un peu de bon sens et un accès à Claude Code ou Lovable peut désormais bâtir, en quelques jours, ce qui aurait nécessité plusieurs mois de développement il y a deux ans. Les MVP sortent vite. Les démos sont convaincantes. Les premiers utilisateurs sont contents.

Si quelqu’un peut construire son SaaS sur mesure en une semaine, pourquoi paierait-il un abonnement à un éditeur ? Pourquoi accepter les compromis d’un outil pensé pour dix mille entreprises quand on peut avoir le sien, taillé pour ses cinquante commerciaux, en deux nuits de prompt ?

Argument solide aussi.

« Le marché du SaaS est saturé »

Le marché SaaS mondial pèse 465 milliards de dollars en 2026 et croît encore de 13 % par an. C’est massif. Ce qui veut dire que des milliers d’éditeurs sont déjà installés, financés, structurés, en avance.

Sur le marché du CRM en France, 70 % des PME sont équipées en 2025, et plus de 90 % des entreprises de plus de 10 salariés. Le marché représente 2,3 milliards de dollars en France à lui seul. Demandez à un dirigeant de PME française quel CRM il connaît, il en cite trois sans réfléchir. Demandez-lui s’il pense changer d’outil dans les douze prochains mois, il vous répond non dans 80 % des cas. Le coût de switching est élevé, l’inertie aussi.

Vouloir entrer dans cette catégorie en 2026 ressemble à vouloir lancer une nouvelle marque de café à côté de Starbucks, de McDonald’s et de quatorze autres chaînes établies. Sur le papier, c’est suicidaire.

Top 6 crm monde

 

« Lancer un SaaS B2B est l’un des défis les plus difficiles »

Même quand on accepte les trois premières objections, celle-ci est souvent le coup de grâce. Le marché B2B a des particularités qui rendent l’entrée plus coûteuse que dans la plupart des autres secteurs.

Cycles de vente longs, plusieurs mois pour un contrat sérieux. Coûts d’acquisition qui ont explosé. Selon les SaaS Benchmarks 2026 publiés par OpenView, le délai moyen de récupération du coût d’acquisition est passé de 15 à 18 mois entre 2023 et 2026, et le coût d’acquisition d’un euro d’ARR est en hausse de 14 %. Les comparatifs SEO sont verrouillés par les leaders qui dépensent des millions en contenus et en backlinks.

Dans le CRM spécifiquement, Salesforce reste numéro un mondial selon l’IDC Market Share 2025, devant une quinzaine d’acteurs établis qui se partagent le reste avec des budgets marketing à neuf zéros.

Lancer un SaaS B2B en 2026, c’est entrer sur un terrain où le coût d’acquérir un client a doublé en cinq ans, face à des concurrents qui ont une dizaine d’années d’avance.

Ces quatre arguments sont vrais. Aucun n’est exagéré. Et pourtant, j’ai franchi le pas. Voici pourquoi.

Pourquoi j’ai lancé mon CRM malgré les objections ?

L’IA en surcouche n’enlève pas le problème, elle l’ajoute

L’argument « l’IA a tué le SaaS » repose sur une lecture précise : l’IA va remplacer les outils. La réalité que j’observe sur le terrain est inverse. L’IA ne remplace pas les SaaS existants, elle se branche dessus.

En mai 2026, Anthropic a lancé Claude for Small Business, un bundle qui connecte Claude aux outils du quotidien : HubSpot, DocuSign, QuickBooks, Google Workspace, Microsoft 365. L’idée est élégante en surface. Votre IA discute avec votre CRM, votre facturation (pas valable en France), votre signature électronique, et synthétise pour vous.

Ce que ce mouvement révèle est plus inquiétant. On entre dans une ère où, au lieu de simplifier la complexité commerciale, on ajoute une couche par-dessus pour la masquer. Vos commerciaux continuent à jongler entre dix outils différents, mais cette fois avec une IA en façade qui donne l’illusion que tout est fluide. Le problème de fond reste intact. Pire, il s’aggrave.

J’observe depuis 2 ans les équipes commerciales qui se ruent sur les nouveaux outils IA de prospection, qui les souscrivent sans les connecter aux outils existants, qui testent frénétiquement un puis un autre, et qui finissent avec une stack ingérable avec leurs données éparpillées dans les serveurs AWS. La curiosité est saine, mais derrière, il faut que la société puisse piloter ses résultats et anticiper son chiffre. Sans une vraie consolidation, c’est impossible.

L’IA bien faite supprime des étapes. L’IA mal faite les empile. La majorité de ce qui se vend en 2026 est dans la deuxième catégorie.

Un CRM produit par prompt reste prisonnier de la vision de 2025

Revenons au post LinkedIn du CRM construit en 24 heures. On peut sourire, ou regarder ce que la personne a vraiment livré.

L’erreur principale est de croire que la complexité d’un CRM tient à la gestion des contacts, des sociétés ou des deals. C’est la partie facile. Cette partie-là, oui, on peut la copier en une nuit. Ce qui prend plusieurs années à construire, c’est l’interface utilisateur affinée par des milliers d’échanges clients, l’optimisation des cas limites, la sécurité, la connaissance fine du sujet, et l’innovation continue. Un CRM, c’est un combat permanent entre la créativité produit et la rationalité des usages métier. Ça ne se prompt pas.

Une anecdote pour rendre cela concret. Quand je travaillais chez Airbus en 2007, nous avions déjà des outils de prototypage rapide qui généraient du code à notre place. On définissait l’idée, le système produisait le code, on testait. Formidable pour valider une intuition. Mais au moment de mettre la fonction dans un avion qui transportait trois cents passagers à onze mille mètres, la totalité du code était reproduite à la main : spécifications, développement, tests unitaires, tests fonctionnels, mise en production. Je ne garantis pas que c’est toujours la pratique aujourd’hui, mais personne ne voudrait voler dans un avion vibe-codé. Alors pourquoi accepteriez-vous de mettre votre principale source de revenus entre les mains d’un SaaS vibe-codé ?

NB : Construire un SaaS via IA présente une limite structurelle : vous ne pouvez pas y injecter d’innovation. Tout ce qu’une IA produit, c’est ce qu’elle a vu. Par définition, le SaaS que vous construisez de cette manière est un équivalent de ce qui existe déjà. Autant l’acheter et profiter du fait qu’un éditeur s’en occupe à plein temps. Si vous me répondez « non, j’innove avec mon prompt », c’est que vous êtes développeur, que vous injectez votre savoir-faire dans la chaîne, et que vous finirez probablement par vendre votre outil à d’autres. Et finalement vous vendrez un SaaS.

Un marché saturé garde une place pour qui apporte une vraie vision

Le mot « saturé » mérite qu’on y revienne. Saturé en nombre d’acteurs, oui. Saturé en valeur perçue, jamais entièrement.

Prenons un exemple qui sort du SaaS. Le marché de la vente de sandwichs et de boissons à emporter dans les grandes villes est probablement le plus saturé qu’on puisse imaginer. Vous pouvez tous citer trois enseignes sans réfléchir. Et pourtant, depuis une dizaine d’années, Joe and the Juice remplit sa file d’attente tous les jours à Paris, Londres ou New York. Ils sont arrivés bien après les autres. Ils n’ont pas inventé une catégorie. Ils ont simplement utilisé les erreurs des concurrents existants pour livrer un produit quasi parfait sur leur segment : service client soigné, programme de fidélité smart, produits bons, collaborations avec des sportifs reconnaissables, application mobile fluide. L’exécution sur les petits détails fait la différence là où le concept semblait épuisé.

C’est aussi le pari que j’ai fait dans le CRM. Pas réinventer la catégorie, mais utiliser 13 années à intégrer des outils pour des PME françaises afin de voir ce qui les agace, ce qui leur manque, ce qui les fatigue dans les outils existants. Et construire à partir de là. Sur un marché saturé, l’avantage va à celui qui connaît mieux la cible que ses concurrents et qui exige de lui-même une qualité d’exécution supérieure. Pas à celui qui crie le plus fort.

Un marché difficile finit par protéger ceux qui s’y installent

L’objection « le marché du CRM est l’un des plus difficiles à pénétrer » est exacte. Et c’est précisément pourquoi il vaut la peine de s’y attaquer.

En treize années à intégrer des CRM pour des PME françaises, j’ai vu arriver beaucoup d’éditeurs. Si je regarde ceux qui ont disparu sur cette période, je n’en trouve aucun. Ceux qui ont passé la barrière de corail (avoir suffisamment de visibilité pour devenir un choix légitime aux yeux d’un acheteur) sont tous encore là. Certains se sont repositionnés sur une niche. D’autres ont été rachetés par un acteur plus gros. Mais aucun n’a coulé.

Ceux qui n’ont pas franchi cette barrière n’ont pas tous échoué non plus. Je connais un CRM hyperspécialisé qui paye sa petite équipe de trois personnes avec une vingtaine de clients très satisfaits, prêts à signer un beau budget annuel pour avoir un outil fait pour eux. C’est aussi une forme de réussite, juste invisible des radars.

La difficulté du marché est une protection pour qui s’y installe sérieusement. Peu d’acteurs sérieux osent y entrer chaque année. Ceux qui y entrent et qui tiennent vingt-quatre mois ont gagné leur place. Dans un marché facile, vous êtes copié dans la semaine. Dans un marché difficile, votre travail vous appartient pendant des années.

Et vous, devriez-vous lancer votre SaaS en 2026 ?

Le contrepied que vous venez de lire ne sert à rien si vous le retenez comme une justification commode. La question n’est pas de savoir si j’ai eu raison, l’avenir nous le dira. C’est de savoir, vous, si vous devriez vous lancer dans votre projet.

La question utile n’est pas celle que vous croyez

Quand on hésite à lancer un SaaS, la première question qui vient est toujours la même : « Est-ce que le marché est porteur ? » C’est la mauvaise question.

Le marché du SaaS B2B, du CRM, de la prospection automatisée sera porteur en 2026, en 2027, en 2030. Il continue de croître. Mais sa nature change. On ne gagne plus en y entrant pour faire ce que les autres font déjà. On gagne en y entrant avec une chose précise, vue de l’intérieur, que les autres ne voient pas encore.

La vraie question, c’est donc : qu’est-ce que vous, vous voyez, que les autres ne voient pas ? Si vous ne pouvez pas répondre, attendez. Si vous pouvez, écoutez les objections et musclez votre conviction.

Trois critères pour décider honnêtement

Trois critères convergent pour savoir si vous devriez vous lancer :

  • D’abord, votre edge (ou si vous préférez ce qui fait que vous êtes positivement différent). D’où vient-il ? Combien d’années de terrain, de missions ou d’usage l’ont fabriquées ? Un edge construit par observation directe et répétée vaut bien plus qu’un edge inspiré par une lecture ou une conviction abstraite.
  • Ensuite, la vision. Avez-vous une vision claire de ce qui manque sur le marché ? Pouvez-vous l’expliquer en 2 phrases à quelqu’un qui ne connaît pas votre métier ? Une vision floue ne tient pas sur le moyen terme.
  • Enfin, l’endurance. Êtes-vous prêt à porter cette vision pendant cinq ou dix ans, en autofinancement éventuellement, dans le doute la moitié du temps ? Si la réponse est non, lancez plutôt une prestation de service ou une formation. Le SaaS est un format qui demande beaucoup et qui rend lentement.

L’incertitude fait partie du contrat

Une dernière chose, importante. Il n’y a pas une semaine où je ne me demande pas si j’ai fait le bon choix, surtout en étant all-in en autofinancement. Doutez. C’est probablement le signe que vous ne faites pas n’importe quoi.

Ce qui me conforte, ce ne sont pas les retours d’investisseurs ni les chiffres macros. Ce sont les phrases entendues en démo, prononcées par des experts du domaine que j’accompagne depuis des années. « Vous avez résolu des points agaçants de [nom d’un autre CRM]. » « Cette approche fait clairement une différence. » « Ça, je ne l’avais pas vu ailleurs. » Ces signaux faibles terrains valent dix études de marché.

L’avenir me dira si j’ai eu raison. Nous sommes au début de l’histoire.

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Jimmy Hoareau

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