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Notre avis sur Cluely : que vaut vraiment l’application qui promet de “tricher sur tout” ?

Publié le , mis à jour le 7 min
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Maxime Ben Bouaziz

Rédacteur en chef

Maxime est un des éditeurs du site de Salesdorado. Spécialiste en inbound marketing et passionné de stratégie média.

Cluely est une application qui vous souffle les réponses en temps réel pendant vos entretiens d’embauche, vos réunions ou vos examens. Une surcouche invisible qui lit votre écran, écoute la conversation et affiche des suggestions que vous seul pouvez voir, même quand vous partagez votre écran.

Le slogan assumé : “Cheat on Everything” : “Trichez sur tout”.

L’outil, basé sur l’IA, a levé 20 millions de dollars auprès d’Andreessen Horowitz et affiche une valorisation de 120 millions. Les fondateurs, deux étudiants de 21 ans suspendus de Columbia pour avoir utilisé leur propre outil de triche, sont devenus des célébrités de la tech grâce à une stratégie de provocation virale savamment orchestrée.

Mais derrière le buzz, que vaut vraiment Cluely ? Et surtout : est-ce que ça vaut le risque ?

Notre avis sur Cluely en résumé

Périmètre Score Notre avis
Note globale 1,5 Cluely pose plus de problèmes qu’il n’en résout. Entre les risques légaux, éthiques, de sécurité des données et les performances médiocres de l’outil, on ne recommande pas.
Efficacité réelle 2,0 Latence de 5-10 secondes entre la question et la suggestion. Des hallucinations fréquentes. Les recruteurs repèrent facilement les utilisateurs (regard fuyant, délai de réponse, ton robotique).
Risques légaux 1,0 Probablement illégal en France et en Europe (RGPD, enregistrement sans consentement). Zone grise aux États-Unis. Les CGU rejettent toute responsabilité sur vous.
Sécurité des données 1,0 Faille de sécurité majeure en 2025 : 83 000 utilisateurs exposés, transcriptions d’entretiens fuitées. Vos données passent par des LLM tiers (OpenAI, Anthropic).
Éthique 1,0 Les fondateurs assument la triche comme proposition de valeur. Le manifeste est explicite : “Le monde appellera ça tricher. Mais c’était aussi le cas pour la calculatrice.” Sauf que non.
Notre recommandation
On ne recommande pas Cluely. Les risques (légaux, éthiques, sécurité, réputation) sont disproportionnés par rapport à la valeur ajoutée d’un outil qui fonctionne mal. Si vous cherchez une aide en réunion, des alternatives transparentes et légales existent (Otter.ai, les assistants natifs de Google/Microsoft…).

L’histoire derrière Cluely : la triche comme business model

Avant Cluely, il y avait Interview Coder. Une extension Chrome développée par Roy Lee et Neel Shanmugam, étudiants en informatique à Columbia. Le principe : l’outil capture le problème de code affiché à l’écran pendant un entretien technique, l’envoie à un LLM et affiche la solution discrètement.

Les deux étudiants ont utilisé leur propre outil pour décrocher des offres chez Amazon et Meta. Ils ont même publié une vidéo de l’entretien Amazon réussi grâce à l’IA. Amazon a retiré l’offre. Columbia les a suspendus.

La plupart des gens auraient fait profil bas. Roy Lee a fait l’inverse. Il a rebrandé l’outil en Cluely, publié un manifeste intitulé “We Want to Cheat on Everything” et lancé une vidéo virale où il utilise Cluely lors d’un rendez-vous galant pour mentir sur son âge et simuler des connaissances en art. La vidéo a fait 10 millions de vues.

Sa stratégie assumée : le “ragebait”. Plus les gens s’indignent, plus ils partagent, plus Cluely gagne en notoriété. Lee l’a théorisé : “La viralité m’a protégé de punitions supplémentaires.”

L’avis de Salesdorado
On peut admirer l’audace marketing. Mais construire un business sur la triche assumée, c’est cynique. Et quand les fondateurs se vantent d’avoir “hacké” le système d’entretien d’Amazon, on se demande ce qu’ils sont prêts à faire avec les données de leurs utilisateurs.

Ce que fait Cluely (sur le papier)

Une surcouche invisible pendant vos appels

Cluely affiche une fenêtre superposée à votre écran que seul vous pouvez voir, même quand vous partagez votre écran sur Zoom ou Google Meet. L’outil utilise des techniques d’injection graphique pour rester invisible aux logiciels de partage d’écran.

L’application écoute la conversation (reconnaissance vocale), lit ce qui s’affiche à l’écran (OCR) et génère des suggestions de réponses en temps réel via des LLM (GPT-4, Claude).

Des “manuels” personnalisés

Vous pouvez télécharger vos documents (PDF, guides, scripts de vente) pour créer une base de connaissances. L’IA s’y réfère pour générer des réponses contextualisées…en théorie.

Une application mobile

Une app iOS permet d’utiliser Cluely en présentiel : le téléphone posé sur la table écoute la conversation et affiche des suggestions. Cas d’usage affiché : rendez-vous médicaux, déjeuners d’affaires, rendez-vous galants.

Ce qui ne fonctionne pas (en pratique)

Une latence qui tue l’usage

Les tests utilisateurs rapportent une latence de 5 à 10 secondes entre la question et la suggestion de réponse. Dans une conversation naturelle, 8 secondes de silence après une question, c’est une éternité. Vous avez l’air perdu, pas compétent.

Des hallucinations fréquentes

L’IA invente des expériences professionnelles qui ne figurent pas sur votre CV. Elle déforme vos compétences. Dans un contexte de vente ou de support client, c’est catastrophique : vous ne pouvez pas construire la confiance avec des réponses factuellement fausses.

Une détection humaine facile

Les recruteurs repèrent facilement les candidats qui utilisent Cluely : regard fuyant, délai avant réponse, ton monotone de lecture. L’outil est peut-être invisible pour le logiciel, mais l’utilisateur ne l’est pas.

Une surcharge cognitive contre-productive

Converser naturellement, écouter la personne, lire secrètement une suggestion IA, la traiter et parler naturellement, c’est cognitivement épuisant. Les utilisateurs finissent par donner une impression robotique et déconnectée. L’inverse de l’objectif.

Les risques que vous prenez

Risques légaux : illégal en Europe

Pour fonctionner, Cluely enregistre tout ce que votre microphone capture et tout ce qui s’affiche à l’écran. Sans le consentement des autres participants.

En Europe (RGPD), enregistrer une voix sans consentement explicite est illégal. Même aux États-Unis, dans les états “two-party consent” comme la Californie, utiliser Cluely pour transcrire un entretien à l’insu du recruteur pourrait exposer à des poursuites pour écoute illicite.

Les CGU de Cluely sont claires : c’est vous qui êtes responsable d’informer les participants que vous utilisez l’outil. Sauf que l’outil est vendu comme “indétectable”. La contradiction est gênante.

avis cluely cgu

Risques de sécurité : la faille de 2025

En novembre 2025, une faille de sécurité massive a exposé les données de 83 000 utilisateurs de Cluely. Les hackers ont eu accès aux transcriptions intégrales des entretiens, aux identités des utilisateurs, et aux captures d’écran prises pendant les sessions.

L’origine de la faille ? Des mots de passe administrateur laissés dans un dépôt GitHub public. Une négligence de débutant pour une startup qui promet la discrétion.

Vos données passent par des LLM tiers (OpenAI, Anthropic). Cluely n’offre aucune garantie publique sur la conservation ou l’utilisation de ces données.

Risques de réputation : si vous êtes découvert

Si vous utilisez Cluely pour tricher lors d’un entretien et que vous êtes découvert (ou que vos données fuitent), les conséquences peuvent être sévères : retrait de l’offre, licenciement, réputation professionnelle détruite.

Dans un secteur où tout le monde se connaît, c’est un risque majeur.

Tarifs de Cluely

Plan Prix Ce qui est inclus
Starter Gratuit Réponses IA limitées, prise de notes limitée, personnalisation des instructions et upload de fichiers, accès à l’historique des réunions
Pro 20$/mois Tout Starter + réponses IA illimitées, prise de notes illimitée, accès aux derniers modèles IA, support prioritaire
Pro + Undetectability 75$/mois Tout Pro + “Completely hidden to meeting screen sharing software” ( invisibilité totale pendant le partage d’écran)

La grille tarifaire est limpide sur ce que vous achetez : le plan à 75$/mois vend explicitement l’indétectabilité comme feature premium. C’est le cœur du produit.

Les avantages & inconvénients de Cluely

  • Une technologie impressionnante sur le papier : overlay invisible, reconnaissance vocale et visuelle en temps réel, intégration de bases de connaissances personnalisées. L’architecture technique est sophistiquée.
  • Un cas d’usage réel pour certains : pour des commerciaux en appel qui veulent des fiches produit sous les yeux, ou des supports client qui cherchent des réponses dans une base de connaissances, le concept a du sens…s’il était utilisé de manière transparente.
  • L’outil ne fonctionne pas bien : latence de 5-10 secondes, hallucinations, détection facile par les recruteurs. Le ROI réel est douteux.
  • Probablement illégal en Europe : enregistrement sans consentement, violation du RGPD. Les CGU rejettent la responsabilité sur vous.
  • Faille de sécurité majeure : 83 000 utilisateurs exposés en 2025. Mots de passe sur GitHub public. Vos données d’entretien dans la nature.
  • Un business model fondé sur la triche : les fondateurs l’assument. Le plan premium s’appelle “Indétectabilité”. C’est cynique.
  • Risque de réputation énorme : si vous êtes découvert, les conséquences professionnelles peuvent être dévastatrices.
  • Crée une dépendance cognitive : plus vous utilisez Cluely, moins vous développez vos vraies compétences, plus vous en avez besoin.

Les alternatives légitimes

Si vous cherchez une aide en réunion sans les risques éthiques et légaux de Cluely, des alternatives transparentes existent :

  • Otter.ai : transcription et prise de notes automatique de réunions, avec le consentement de tous les participants. L’outil s’intègre à Zoom, Google Meet, Microsoft Teams.
  • tl;dv : enregistrement et résumé de réunions avec consentement. Permet de coacher les commerciaux après les appels, pas de les faire tricher pendant.
  • Assistants natifs Google/Microsoft : les fonctionnalités de transcription et de résumé intégrées à Google Meet et Microsoft Teams sont transparentes et légales.

Pour qui Cluely pourrait-il avoir du sens ?

Soyons honnêtes : on ne voit pas de cas d’usage où Cluely soit recommandable.

Pour les entretiens d’embauche ? Le risque de se faire prendre est élevé (les recruteurs repèrent les utilisateurs), les conséquences sont sévères (retrait d’offre, réputation) et même si vous passez, vous n’aurez pas les compétences pour tenir le poste.

Pour les appels commerciaux ? Les hallucinations de l’IA peuvent causer des dégâts réputationnels. Et un commercial qui a besoin d’une IA pour répondre aux objections n’est probablement pas prêt pour le poste.

Pour les examens ? Fraude académique, risque d’expulsion. Les logiciels de proctoring s’adaptent. Le jeu du chat et de la souris ne vaut pas le coup.

Pour les rendez-vous galants ? Si vous avez besoin d’une IA pour mentir sur votre âge et simuler des connaissances en art…le problème n’est pas technique.

Notre verdict
Cluely est un cas d’école de ce qui ne va pas dans une certaine culture startup : l’audace sans éthique, la croissance à tout prix, le cynisme comme proposition de valeur. L’outil ne fonctionne pas bien, les risques sont disproportionnés, et le business model est fondamentalement malhonnête. On déconseille fortement.

À propos de l'auteur

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Maxime Ben Bouaziz

Maxime est un des éditeurs du site de Salesdorado. Spécialiste en inbound marketing et passionné de stratégie média.